Fable de mon jardin

Un très beau conte pour encourager à la modestie et à l’action utile, et décourager la vanité et l’inaction.

A partir de 9 ans. Les expressions et les mots difficiles sont expliqués à la fin du texte. Des questions de synthèse et de réflexion sont proposées à la fin, avec un espace prévu pour rédiger la réponse.

 

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Fable de mon jardin

  1. Les arbres nouveaux devisaient à mi-voix sous le hangar, en attendant qu’on les plantât.

« Moi, disait un jeune cerisier, je fleuris toujours de bonne heure. Ce n’est pas pour me distinguer. Non, je vous assure : je suis la modestie même. Je fleuris de bonne heure parce que c’est une tradition dans ma noble famille. A vrai dire je fleuris de façon merveilleuse : un manchon neigeux qui va jusqu’à l’extrémité de mes branches. Quelle tenue des pétales ! Et quel parfum ! Et quand vient la défloraison, quelle pluie candide ! Et quel tapis sur le sol, à mes pieds ! Vous verrez : c’est un poème. Les fruits que nous donnons dans la famille sont renommés dans tout l’univers. Pensez, le bigarreau ! Nous faisons le bigarreau blanc. Et vous, monsieur mon voisin ?

  1. – Moi, répondit le voisin d’un ton revêche, moi, c’est la poire.

–  Vraiment, la poire ! C’est très intéressant. Vous n’avez pas de noyau, paraît-il !

–  Dieu merci, non ! Mais des pépins et plus que je n’en voudrais. De la poire, j’en donne, au besoin, à condition bien entendu qu’on ne me tourmente pas. S’ils me laissent tranquille, ici, je ferai peut-être une ou deux poires. S’ils me taillent, s’ils me tripotent, alors bernique.

  1. – C’est très intéressant. Et vous, le petit, là-bas ?

–  Plaît-il ?

–  Oui, vous ! Qu’est-ce que vous faites ? »

L’arbre ainsi mis sur la sellette était un petit pommier tout rabougri, tout chétif.

« Oh ! répondit-il à voix basse, moi, je fais ce que je peux. »

  1. Les arbres furent plantés en terre. Dès la première année, le cerisier montra ses belles fleurs et donna quatre ou cinq cerises. Le poirier ne donna rien. Le pommier, qu’on avait placé dans un coin transi d’ombre et de courants d’air nous offrit un boisseaude pommes.

Il y a dix ans de cela. Le petit dévoué continue de nous confondre par sa générosité. Le poirier tient parole : il n’a jamais donné de fruits. Le cerisier, à chaque retour de l’avril, dit à qui veut l’entendre :

« Vous allez voir ce que vous allez voir ! »

Et son beau feu d’artifice régulièrement se termine par un déjeuner de moineau.

 

Georges Duhamel, Fables de mon jardin (1936)

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